3.7.07

La Serbie et la Russie

Dans une tribune parue dans Libération du 02.07.2007, Cedomir Nestorovic, professeur de géopolitique à l'ESSEC, laisse entendre que les élites politiques et les citoyens serbes seraient favorables à un fort rapprochement avec la Russie :

"La logique n’est pas la même, et il y a fort à parier que face à l’absence d’alternative proposée par l’Union européenne, l’opinion publique en Serbie et la majorité des forces politiques ne soient amenées à considérer de manière sérieuse la seconde option, un rapprochement rapide et substantiel avec la Russie."

Rien ne permet d'affirmer une telle chose, à moins de prendre ses désirs pour des réalités.

En effet, si le Parti radical serbe est prêt à faire de la Serbie une province de la Russie, les autres forces politiques, y compris les plus favorables à une forte coopération avec la Russie, n'ont pas adopté une position aussi extrême.

L'adhésion à l'Union européenne est l'un des principaux objectifs fixés par le gouvernement serbe. Il n'a jamais été question d'une intégration à la Russie.

Par ailleurs, l'opinion publique serbe n'a jamais soutenu un tel projet et a toujours massivement rejeté les projets de confédération d'Etats orthodoxes formulés sous le régime de Milosevic, en particulier par le Parti radical serbe.

Selon une enquête réalisée au printemps 2006, mais les chiffres n'ont guère évolué depuis plus d'une décennie, 64% des citoyens serbes sont favorables à ce que leur pays devienne membre de l'Union européenne. Par contre, ils ne sont que 31% à soutenir l'adhésion à l'OTAN.

Si Bozidar Djelic, mentionné par Cedomir Nestorovic, souhaite le maintien du Kosovo dans les frontières de la Serbie, il n'a jamais parlé d'une intégration de la Serbie à la Russie.

Il s'est distingué du premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, en indiquant qu'en cas de reconnaissance unilatérale de l'indépendance du Kosovo, il ne fallait pas que la Serbie s'isole sur la scène internationale (Source : B92, 27.06.2007).

24.6.07

Victimes de la guerre en Bosnie-Herzégovine, 1992-1995

Toute personne s'intéressant à l'histoire de l'espace yougoslave découvre rapidement que la guerre des statistiques/chiffres est une dimension dans le combat que se livrent les historiographies nationales des pays concernés ou les historiens du dimanche originaires ou pas de la région. Les statistiques concernant les victimes de la Deuxième Guerre mondiale ont fait couler beaucoup d'encre. J'aurai l'occasion de revenir sur cette question.

Le Centre de recherche et de documentation de Sarajevo (IDC) dirigé par Mirsad Tokača travaille depuis plusieurs années à établir le nombre de victimes de la guerre en Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995 afin d'empêcher toute manipulation avec les chiffres. Alors qu'il était courant dans les médias et parmi les chercheurs également de mentionner jusqu'à 200 000 victimes (je reconnais moi-même avoir utilisé ce chiffre), l'IDC arrive à un chiffre deux fois moins important : il recense 97 202 victimes dont la majorité sont des soldats (59,18%), les civils représentants 40,82% du total.

Les Bosniaques (Bošnjaci) comptent proportionnellement le plus grand nombre de victimes : 64 036 soit 65,88% du total. Les Serbes constituent le deuxième groupe avec 24 905 morts et disparus, soit 25,62%. Les victimes croates sont au nombre de 7 788, soit 8,01%.

Ces chiffres ont été mentionnés par Libération cette semaine (édition du 22.06.2007). Je ne suis pas certain que d'autres quotidiens français aient publié ce bilan.

Certains jubileront à parler de manipulation et de propagande (200 000 victimes), il n'en demeure pas moins que le nombre de victimes est élevé et que les Bosniaques ont été les principales victimes de ce conflit. Mais il vrai aussi qu'elles ne furent pas les seules comme certains ont essayé de nous le faire croire.

___________________________________________

Dépêche publié sur le site de la BBC le 21 juin 2007

9.5.07

La Serbie face à un tournant ?

Près de sept ans après la chute de Slobodan Milosevic, les forces nationalistes, modérées et moins modérées, ont l'occasion de prendre le pouvoir en Serbie.

Les négociations entre les forces dites réformatrices, Parti démocrate (DS), Parti démocrate de Serbie (DSS) et G17 plus, pour former un gouvernement de coalition n'ayant pas abouti faute d'accord sur la répartition des postes concernant l'appareil sécuritaire serbe (ministères de l'intérieur et de la défense, services de renseignements - BIA - ), le Parti démocrate de Serbie s'est orienté vers une entente avec le Parti radical serbe (SRS), parti nationaliste n'ayant pas renoncé à créer la Grande Serbie en rattachant à la Serbie des territoires de Bosnie-Herzégovine et de Croatie.

Le DSS a conclu un accord avec le SRS pour constituer l'Assemblée de Serbie, élire son président et ses vice-présidents. Depuis hier, Tomislav Nikolic, vice-président du SRS est le président de l'Assemblée de Serbie.

La session de l'assemblée, ouverte le lundi 7 mai 2007, a été caractérisée par de nombreuses invectives entre députés des différents bords rappelant les pires années de l'ère Milosevic.

La question posée est celle de savoir s'il s'agit d'un premier vers la constitution d'un gouvernement unissant le DSS, le SRS et éventuellement le Parti socialiste de Serbie.

Une entente entre le DS et le DSS apparaît difficile à envisager d'ici le 14 mai, date limite pour former un gouvernement.

27.2.07

Les citoyens de Serbie attendent la formation du nouveau gouvernement

Les autorités serbes ne semblent pas être pressées de former le nouveau gouvernement devant refléter la nouvelle composition de l'assemblée issue des élections du 21 janvier 2007.

L'assemblée a été constituée le 14 février. Selon la constitution, les autorités disposent de 90 jours pour former le nouveau gouvernement une fois le parlement constitué. Ce qui nous mène jusqu'à la mi-mai.

Pendant ce temps, un gouvernement qui a perdu la légitimité démocratique est encore aux afffaires. Son chef prétend désormais conduire un gouvernement technique, mais cela ne l'empêche de faire approuver par la nouvelle assemblée une déclaration sur le Kosovo. Il avait refusé d'accueillir le représentant de l'ONU, Martti Ahtisaari, prétextant que son gouvernement ne faisait que gérer les affaires courantes, en aucun cas les questions aussi importantes que celle du futur statut du Kosovo. Il s'est contredit quelque jours plus tard.

Les négociations sérieuses entre les trois formations susceptibles de former un gouvernement, le Parti démocrate (DS), le Parti démocrate de Serbie (DSS) et le G17 Plus, n'ont toujours pas commencé. La bataille est âpre, semble-t-il, pour le poste de premier ministre que se disputent DS et DSS, ainsi que pour le contrôle des services de sécurité : ministère de l'intérieur et ministère de la défense.

31.1.07

Analyse des résultats des élections législatives en Serbie (21.01.2007)

Comme en 2003, le Parti radical serbe (SRS) est arrivé en tête. Avec 1 152 105 voix (soit 28,59% des suffrages). Le SRS améliore son score de décembre 2003 (1 056 256 ; 27,8%) en obtenant 95 849 voix de plus. Il se rapproche ainsi de ses meilleurs scores atteints au cours des années 1990. Le SRS ne souhaitant pas gouverner, cela lui donne juste un pouvoir de nuisance à l'Assemblée nationale de Serbie avec 81 députés sur 250.
Le Parti démocrate (DS) en obtenant 915 014 suffrages (soit 22,71%) améliore sensiblement son score précédent (481 289 ; 12,6%). Il s'agit de son meilleur résultat depuis 1990.
Le Parti démocrate de Serbie (DSS), associé à la formation politique Nouvelle Serbie (NS) subit un léger recul avec 666 889 voix contre 678 031 en décembre 2003.
L'électorat du G17 Plus a fondu en l'espace de trois ans, ses dirigeants ayant perdu de leur crédibilité en coopérant au gouvernement de Vojislav Kostunica qui ne s'est maintenu au pouvoir qu'avec le soutien du Parti socialiste de Serbie (SPS), ancien parti dominant : 274 874 voix contre 438 422 en 2003.
Le Parti socialiste de Serbie poursuit son déclin : il n'obtient que 227 304 voix contre 291 341 voix en 2003. Au cours des années 1990, il pouvait compter sur le soutien de 1 500 000 électeurs environ.
Outre le retour des élus des formations politiques représentant les minorités nationales, la surprise vient de l'entrée au parlement de la coalition créee autour du Parti libéral-démocrate (LDP) présidé par Cedomir Jovanovic. Ce parti est le produit d'une scission au sein du Parti démocrate et s'inscrit dans l'héritage de l'opposition au régime de Slobodan Milosevic et du travail réformateur de Zoran Djindjic, chef du gouvernement entre 2001 et 2003. Cette coalition obtient 214 028 suffrages.
Le taux de participation a été plus élevé en janvier 2006 qu'en décembre 2003 : 60,56% contre 58,75%.

19.1.07

Elections législatives en Serbie le 21 janvier 2007

Dimanche 21 janvier 2007, 6 652 105 citoyens auront la possibilité d'aller voter pour l'une des vingt listes en concurrence.

Une nouvelle fois, le taux de participation risque de ne pas dépasser les 60%. Il était de 53% lors du dernier référendum sur la constitution. L'abstention concerne surtout les partis du camp démocratique, l'électorat du Parti radical serbe (SRS) et du Parti socialiste serbe (SPS) se mobilisant davantage et êtant plus stable et sûr.

L'enjeu est de savoir qui arrivera en tête du Parti radical serbe et du Parti démocrate. Les radicaux semblent être en perte de vitesse. Quand bien même ils obtiendraient le plus grand nombre de mandats, ils disposent d'une marge de manoeuvre très limitée pour former un gouvernement de coalition. La formation du gouvernement reviendra probablement au Parti démocrate du président Boris Tadic qui a désigné Bozidar Djelic comme futur premier ministre.

Une large coalition du "camp démocratique" pourrait être formée, associant au Parti démocrate, le Parti démocrate de Serbie de Vojislav kostunica et le G17 Plus. Une autre option serait la constitution d'une coalition entre le Parti démocrate, le G17 Plus et la coalition sociale-démocrate fondée autour du Parti démocrate libéral (LDP). Cette dernière pourrait créer la surprise en entrant au parlement. Cette coalition gouvernementale pourrait être soutenue par les partis des minorités nationales.

Rien n'est donc fixé. La formation du gouvernement sera probablement rendue difficile par l'annonce de la solution retenue pour le statut du Kosovo au cours de la semaine suivant les élections.

6.11.06

Les citoyens serbes majoritairement en faveur de l'adhésion à l'UE

Malgré sa politique de conditionnalité menée à l'encontre de la Serbie, l'UE garde la cote parmi les citoyens de Serbie. En effet, 70% d'entre eux sont favorables à l'entrée de leur pays dans l'Union européenne selon une enquête réalisée pour le gouvernement serbe. Seuls 12% des personnes interrogées se déclarent opposées à une telle perspective. Néanmoins, une bonne partie d'entre elles ne sont pas au courant des détails du processus d'adhésion : 44% des sondés ne savent pas que les négociations entre la Serbie et l'UE ont été suspendues dans la mesure où Ratko Mladic n'a toujours pas été livré au TPIY.
L'enquête révèle par ailleurs que 80% des citoyens n'ont pas voyagé à l'étranger au cours de la dernière année. Ceux qui ont eu l'occasion de sortir des frontières du pays se sont rendus principalement dans les pays limitrophes : Autriche, Hongrie, Monténégro, Grèce. Seuls 2% ont voyagé en France et en Espagne.

4.11.06

L'avenir européen des Balkans occidentaux remis en cause

D'un côté l'on ne cesse de répéter que l'avenir des Balkans occidentaux est dans l'Union européenne, de l'autre côté les signes se multiplient annonçant une perspective d'adhésion lointaine, non seulement pour la Croatie et la Macédoine, pays candidats officiels à l'adhésion, mais aussi pour la Serbie, la Bosnie-Herzégovine et l'Albanie.

L'UE semble désormais s'orienter vers une pause et n'intégrera pas de nouveaux membres pendant une période de cinq à six ans. Ce temps devrait permettre à l'UE de se doter d'un traité constitutionnel et de mieux "digérer" les dernières adhésions de la Roumanie et de la Bulgarie, pays jugés faibles à bien des égards et ne répondant pas à l'ensemble des critères attendus.

L'écart entre le discours des officiels de l'UE et la réalité se creuse davantage. Envisager l'adhésion des Balkans occidentaux comme celle des pays baltes est une erreur d'appréciation sérieuse. L'enjeu n'est pas du tout le même. Il s'agit d'ancrer les pays de l'ancienne Yougoslavie et l'Albanie dans la démocratie et d'éviter un retour des violences interethniques. Or, la perspective européenne est le meilleur moyen d'y parvenir quand bien même tout n'est pas parfait dans cette union.

La carotte de l'adhésion proposée aux gouvernements des Balkans occidentaux n'est qu'illusion. Illusion qui pourrait coûter plus cher demain qu'aujourd'hui.

A ce propos : EU to disappoint Balkan hopefuls (BBC)

3.11.06

Résultats du référendum sur la Constitution

La Commission électorale de la République de Serbie a communiqué les résultats définitifs du référendum : le taux de participation s'est élevé à 54,91% ce qui signifie que le texte a été approuvé par 53,04 % des citoyens inscrits sur les listes électorales.

Les élections législatives et vraisemblablement présidentielle devraient avoir lieu en décembre prochain.

30.10.06

Echec du référendum?

Le référendum pour l'adoption de la nouvelle constitution de la Serbie ressemble davantage à un échec qu'à une réussite pour le gouvernement en place. L'abstention motivée ou pas par le boycott a été très élevée alors qu'il s'agissait de l'adoption d'un texte fondamental pour l'avenir de la Serbie. Le taux de participation avoisinerait les 53% et 51,4% seulement du corps électoral se serait prononcé en faveur du texte proposé.
Le taux de participation a été plus élevé au Kosovo (90,1%) et le plus faible en Voïvodine (45,9%). Néanmoins de nombreuses irrégularités se sont produites laissant planer un doute sur la validité des résultats.
On constate donc que les citoyens de Voïvodine n'ont pas approuvé la nouvelle constitution dans la mesure où ils considèrent qu'elle ne répond pas à leurs aspirations à l'autonomie. La question de l'autonomie n'est d'ailleurs pas tant une affaire entre Serbes et minorités nationales, la plus nombreuse étant la hongroise, mais une affaire intra-serbe.
Si l'enjeu de ce référendum était l'avenir du Kosovo, force est de constater qu'une grande partie des citoyens de Serbie ne l'ont pas vécu comme tel.

29.9.06

Nouvelle constitution en vue en Serbie ?

En 2000, l'Opposition démocratique de Serbie avait fait du changement de la constitution l'une de ses priorités. Elle aurait dû être changée dans les six mois après leur arrivée au pouvoir selon leur programme électoral. Pourtant une fois aux affaires, l'Opposition démocratique de Serbie n'a guère montré de volonté pour adopter un nouveau texte fondamental qui aurait remplacé celui qui avait été promulgué en septembre 1990.

Comme par enchantement, alors que les travaux de la commission parlementaire sur les questions constitutionnelles avaient été stoppés en l'absence du Parti démocrate qui boycottait les travaux parlementaires, la procédure s'est emballée. Pour quelle raison?

Principalement pour renforcer la position de la Serbie dans les négociations conduites par l'ONU sur le statut futur du Kosovo.

En effet, en indiquant dans le préambule de la nouvelle constitution que le Kosovo fait partie de la Serbie et dans l'espoir que le texte soit approuvé à l'unanimité, le gouvernement de Vojislav Kostunica compte se doter d'un élément supplémentaire pour entraver le chemin menant à l'indépendance du Kosovo. Ainsi, le Kosovo sera considéré comme un territoire occupé en cas de proclamation de l'indépendance de cette région.

Les négociations pour finaliser le texte constitutionnel ne se sont pas déroulées dans la plus grande transparence. Adopte-t-on un texte d'une telle nature dans la précipitation et surtout sans débat public?

Néanmoins, le nouveau texte fondamental qui sera adopté probablement par l'Assemblée de Serbie le samedi 30 septembre 2006 devra être validé par les citoyens dans le cadre d'un référendum qui pourrait se tenir rapidement : à la fin du mois d'octobre ou au début du mois de novembre. Plus de la moitié des électeurs inscrits devront avoir voté pour que le référendum aboutisse. A ce jour, il n'est pas certain qu'il y ait une aussi forte participation.

De surcroît, cette constitution est élaborée alors que la Cour constitutionnelle du pays ne fonctionne pas pour diverses raisons (elle ne compte que 7 juges au lieu des 9 prévus).

2.7.06

Kostunica et ses marchandages avec les socialistes de Milosevic

Le procureur Mioljub Vitorevic qui avait conclu à un crime d'Etat lors de son réquisitoire contre les auteurs de l'assassinat de l'ancien président serbe, Ivan Stambolic (en août 2000) mais aussi à propos des tentatives d'assassinat de Vuk Draskovic, chef du Mouvement serbe du renouveau (SPO).
Les socialistes auraient conditionné leur soutien au gouvernement de Vojislav Kostunica, remanié récemment, contre la non-reconduction du mandat de ce procureur qui avait clairement établi les liens entre Slobodan Milosevic, son épouse Mirjana Markovic d'une part et les membres des services de sécurité ayant organisé les assassinats politiques en question d'autre part.
Les auteurs de l'assassinat d'Ivan Stambolic ont été condamnés à 40 ans de prison. L'ancien chef des Services de sécurité, Radomir Markovic, a été condamné pour sa part à 15 ans de prison. Cette condamnation a été confirmée par la Cour suprême de Serbie le 14 juin 2006. Consécutivement, le président de Serbie, Boris Tadic, s'est interrogé s'il y avait matière à engagé des poursuites contre les partis politiques et les individus qui gouvernaient la Serbie au moment des faits incriminés.
La condamnation pose la question de la responsabilité du Parti socialiste de Serbie et de son ancien président qui était l'instigateur des assassinats politiques. Se trouve également posé la question des Services de sécurité serbes qui n'ont pas été suffisamment purgés au moment des changements politiques en Serbie après octobre 2000.
Les socialistes ont toujours Slobodan Milosevic comme président. Ils ne souhaitent pas le remplacer même décédé.
Le Parti démocrate de Serbie (DSS) de Vojislav Kostunica une nouvelle fois montre combien il ne souhaite pas rompre avec certains aspects de la politique de Milosevic.

5.6.06

La Serbie enfin indépendante

Après 88 années d'expérience yougoslave (1918-2002) ou serbo-monténégrine (2003-2006), la Serbie redevient aujourd'hui, lundi 5 juin 2006, indépendante. L'Assemblée de Serbie doit reconnaître, ce jour, que la Serbie est l'Etat héritier de l'Union de Serbie-et-Monténégro et valider le transfert des compétences de l'Etat commun vers la République de Serbie.

La majorité a été obtenue de justesse au parlement : 126 députés ont voté en faveur de la déclaration en question sur un total de 250 députés. Les députés du Parti radical serbe et du Parti démocrate avaient quitté l'Assemblée au moment du vote.

Seuls les députés du G17 Plus se sont réjouis de l'avènement de l'indépendance de la Serbie.

source : B92

4.6.06

La Serbie-et-Monténégro n'existe désormais plus

L'Assemblée du Monténégro a proclamé hier, samedi 3 juin 2006, l'indépendance de la République du Monténégro. Par cet acte, la Serbie-et-Monténégro cesse d'exister. L'opposition monténégrine a boycotté le vote et la cérémonie officielle prétextant des irrégularités lors du référendum. Aucun représentant de la Serbie n'était présent mais le président serbe, Boris Tadic, ainsi que le ministre des Affaires étrangères serbo-monténégrin, Vuk Draskovic, ont adressé des messages aux citoyens monténégrins.
Le gouvernement serbe, dirigé par le Parti démocrate de Serbie (DSS), est resté fidèle à ses positions : il a entériné la décision de l'UE de valider le référendum et la proclamation des résultats par le président de la Commission référendaire sans à aucun moment reconnaître la volonté majoritaire des citoyens monténégrins. Le chef du gouvernement, Vojislav Kostunica, laisse entendre que le référendum a été entâché de nombreuses irrégularités et souligne que les Monténégrins de Serbie (270 000 personnes selon les autorités de Belgrade) n'ont pas pu prendre part au vote. Ces derniers, résidant en Serbie, ne sont pas des résidents permanents au Monténégro et par conséquent ne bénéficient pas du droit de vote dans cette république. De fait, les chiffres avancés par le gouvernement sont étonnants car le recensement de la population de 2002 n'indique que 140 000 Monténégrins en Serbie. Vojislav Kostunica s'est opposé à ce que l'Union européenne se pose en intermédiaire dans les négociations entre la Serbie et le Monténégro. Ses conseillers laissent entendre que l'UE est incapable d'organiser et de superviser un référendum et que par conséquent elle n'est pas capable de s'occuper de la question du futur statut du Kosovo. Vojislav Kostunica n'a pas caché son mécontentement face à Javier Solana lors de sa dernière visite à Belgrade, jeudi 1er juin 2006. De fait, Vojislav Kostunica, l'antieuropéen et l'antioccidental, a montré son vrai visage.
L'Europe compte désormais deux nouveaux Etats : le Monténégro et la Serbie.

27.5.06

La Serbie face à elle-même

Après la victoire des indépendantistes au Monténégro, la Serbie se retrouve isolée. Début mai, l'UE a suspendu les négociations pour la signature d'un accord de stabilisation et d'association avec la Serbie-et-Monténégro, seconde étape du processus de pré-adhésion car elle n'avait toujours pas livré le général Ratko Mladic au TPIY. De fait, seule la Serbie est concernée par cette affaire. L'UE pourrait reprendre les négociations avec le Monténégro dès l'automne une fois ce pays reconnu comme Etat indépendant par la communauté internationale.
La Serbie est à la croisée des chemins : consolidera-t-elle sa transition démocratique ou au contraire assistera-t-on à un retour au pouvoir des forces politiques du régime de Slobodan Milosevic? La situation est préoccupante et il n'est pas certain que l'UE ait conscience des risques encourus, à savoir une victoire lors des prochaines élections générales du Parti radical serbe, formation politique nationaliste, qui pourrait s'associer au Parti socialiste de Serbie et former un gouvernement.
Les sondages indiquent qu'une grande partie des citoyens est démobilisée et ne souhaite pas participer aux prochaines élections : 42% du corps électoral se prononce aujourd'hui (selon une enquête réalisée par le CESID en avril 2006). Dans ce contexte, le Parti radical serbe arrive en tête avec 35 à 38% d'intentions de vote. Cela ne signifie pas, pour autant, que ce parti s'est renforcé. Au contraire, le nombre de personnes se déclarant prêtes à voter pour les radicaux a baissé : 880 000 environ contre 1 000 000 lors des derniers scrutins. Mais la forte abstention dans le "camp démocrate" fait que ce parti se place en première position avec une forte proportion des intentions de vote.

Boris Tadic en visite à Podgorica

Le président de la Serbie, Boris Tadic, se rend aujourd'hui à Podgorica où il rencontrera le président monténégrin, Filip Vujanovic, le chef du gouvernement, Milo Djukanovic, le président de la Serbie-et-Monténégro, Svetozar Marovic ainsi que le leader du bloc unioniste, Predrag Bulatovic. Il s'y rend pour contribuer à la stabilisation de la situation politique au Monténégro et transmettre un message d'amitié à l'ensemble des citoyens monténégrins.
Cette initiative intervient alors que le gouvernement serbe n'a toujours pas souhaité se prononcer sur le référendum et l'indépendance sinon pour souligner les irrégularités lors de la tenue du vote.
Heureusement que la Serbie dans sa totalité n'est pas à l'image de Vojislav Kostunica.

24.5.06

Le Monténégro devient indépendant

Les citoyens monténégrins ont voté majoritairement (55,5%) en faveur de l'indépendance de leur république qui jouissait déjà d'une très forte autonomie dans la gestion de ses affaires. L'issue du référendum marque une défaite pour les autorités politiques de Serbie qui se sont prononcées pour le maitien de l'Etat commun de Serbie-et-Monténégro et ont soutenu le camp unioniste au Monténégro. Mais il s'agit aussi d'une défaite pour l'Union européenne qui s'était opposée à l'indépendance du Monténégro. L'UE n'a modifié ses positions que tout récemment pour ne pas trop apparaître comme juge et partie et en porte-à-faux avec les résultats du référendum. Depuis plusieurs années déjà, la politique de l'UE contribuait à soutenir les forces nationalistes serbes et également antieuropéennes.
A Belgrade, l'absence de réactions officielles dimanche 21 et lundi 22 mai a relevé du pathétique. Le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, nationaliste convaincu, a refusé de déclarer quoi que ce soit avant la proclamation définitive des résultats laissant entendre, comme d'autres membres de son parti, le Parti démocrate de Serbie (DSS), que l'issue du référendum pouvait changer en raison des irrégularités constatées sur le terrain : "résultats préliminaires" = "indépendance préliminaire". De fait en Serbie, les principaux défenseurs de l'union serbo-monténégrine sont les forces nationalistes qui ont soutenu le projet d'unification des "terres serbes" au cours des années 1990. Les intellectuels, tels Ljubomir Tadic et Matija Beckovic, qui avaient contribué au réveil nationaliste serbe dans la seconde moitié des années 1980 ont été les principaux acteurs du combat pour le maintien de l'Etat commun au sein du Mouvement pour le maintien d'Etat commun européen de Serbie-et-Monténégro.
Aucun doute, la Serbie-et-Monténégro vit ses dernières heures. Son président, le monténégrin, Svetozar Marovic, devrait présider le dernier conseil des ministres, le jeudi 25 mai 2006, et annoncer sa démission.
Deux nouveaux Etats apparaîssent sur la scène européenne, le Monténégro et la Serbie, les deux seuls Etats indépendants qui existaient avant la création de la Yougoslavie en 1918.

10.5.06

Tribune de Peter Handke dans Libération du 10.05.2006

Peter Handke se réjouit de la possibilité d'un débat dans la presse française à propos de l'ancienne Yougoslavie et des conflits qui y ont éclaté. Mais pour qu'il puisse y avoir un débat encore faut-il s'inscrire dans une démarche intellectuelle honnête et respectueuse des faits. Or, Peter Handke ne le fait pas. Selon lui, la "guerre civile" a été "déclenchée, ou au moins coproduite par une Europe de mauvaise foi ou au moins ignorante". Cette affirmation est fausse. Les causes de la désintégration de la Yougoslavie communiste et de sa fin tragique dans la guerre sont liées principalement à des facteurs internes et impliquent des acteurs politiques locaux et non extérieurs. En 1990-1991, alors que la Fédération yougoslave s'enfonce dans le chaos, les grandes puissances occidentales se prononcent pour le maintien de l'Etat yougoslave et non sa dislocation. Néanmoins, le pays plongeant dans la guerre au printemps 1991, les positions de ces mêmes puissances évolueront prenant en compte la réalité du terrain, à savoir celle d'un pays éclaté. L'Europe, la Communauté économique européenne à l'époque, n'a déclenché aucun conflit en ex-Yougoslavie. Elle n'était pas à l'époque prête à faire face à une telle situation, ce qui est autre chose...

7.5.06

Les raisons de la non-livraison de Ratko Mladic

Depuis plusieurs années dèjà, les autorités politiques serbes sont dans l'obligation de livrer le général Ratko Mladic au TPIY. Or, malgré les ultimatums répétés de l'UE rien ne s'est produit jusqu'à début mai 2006.

Pourquoi Mladic n'a-t-il pas été appréhendé?

Plusieurs raisons peuvent être avancées :
- Les ultimatums précédents de l'UE n'ayant jamais été suivis d'effets, le gouvernement serbe n'a jamais pris au sérieux les éventuelles menaces européennes.
- Le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, n'apprécie pas l'activité du TPIY et soutient toujours la cause du nationalisme serbe. Il n'a jamais eu la volonté politique de livrer R. Mladic. Ce n'est que sous la pression internationale qu'il agit ou fait semblant d'agir.
- L'appareil sécuritaire serbe, et plus particulièrement ses services de renseignement, ne sont pas sous le contrôle total du gouvernement et certains de ses segments soutiennent toujours l'ancien régime de Milosevic. Ils mènent en bateau le gouvernement serbe.

13.3.06

L'imaginaire du complot

Les partisans de Milosevic sont fidèles à eux-mêmes : leur chef n'a pas pu mourir d'une mort naturelle, liée à sa maladie. Il n'a pu être qu'empoisonné. De la sorte, on entretient le mythe du héros serbe martyr.

Si Milosevic avait eu des choses importantes à révéler, il les aurait déjà déclarées au cours des quatre ans de procès (février 2002-mars 2006). Il a eu le loisir de s'exprimer et de disposer d'une tribune pour contester la légitimité du TPIY et donner sa vision des faits. Il n'était pas dans l'intérêt du tribunal qu'il meurt alors que l'on s'approchait de la fin du procès.

Sa mort aura pour conséquence principale de détériorer davantage l'image du TPIY auprès des citoyens de Serbie, qu'ils soutiennent ou pas l'héritage de Slobodan Milosevic. Néanmoins, si le procès à l'encontre de Milosevic était le procès clé, il n'était pas le seul, de nombreux procès ont déjà eu lieu et d'autres sont à venir qui permettront d'établir les responsabilités à propos des atrocités commises pendant les guerres des années 1990.