Après 88 années d'expérience yougoslave (1918-2002) ou serbo-monténégrine (2003-2006), la Serbie redevient aujourd'hui, lundi 5 juin 2006, indépendante. L'Assemblée de Serbie doit reconnaître, ce jour, que la Serbie est l'Etat héritier de l'Union de Serbie-et-Monténégro et valider le transfert des compétences de l'Etat commun vers la République de Serbie.
La majorité a été obtenue de justesse au parlement : 126 députés ont voté en faveur de la déclaration en question sur un total de 250 députés. Les députés du Parti radical serbe et du Parti démocrate avaient quitté l'Assemblée au moment du vote.
Seuls les députés du G17 Plus se sont réjouis de l'avènement de l'indépendance de la Serbie.
source : B92
5.6.06
4.6.06
La Serbie-et-Monténégro n'existe désormais plus
L'Assemblée du Monténégro a proclamé hier, samedi 3 juin 2006, l'indépendance de la République du Monténégro. Par cet acte, la Serbie-et-Monténégro cesse d'exister. L'opposition monténégrine a boycotté le vote et la cérémonie officielle prétextant des irrégularités lors du référendum. Aucun représentant de la Serbie n'était présent mais le président serbe, Boris Tadic, ainsi que le ministre des Affaires étrangères serbo-monténégrin, Vuk Draskovic, ont adressé des messages aux citoyens monténégrins.
Le gouvernement serbe, dirigé par le Parti démocrate de Serbie (DSS), est resté fidèle à ses positions : il a entériné la décision de l'UE de valider le référendum et la proclamation des résultats par le président de la Commission référendaire sans à aucun moment reconnaître la volonté majoritaire des citoyens monténégrins. Le chef du gouvernement, Vojislav Kostunica, laisse entendre que le référendum a été entâché de nombreuses irrégularités et souligne que les Monténégrins de Serbie (270 000 personnes selon les autorités de Belgrade) n'ont pas pu prendre part au vote. Ces derniers, résidant en Serbie, ne sont pas des résidents permanents au Monténégro et par conséquent ne bénéficient pas du droit de vote dans cette république. De fait, les chiffres avancés par le gouvernement sont étonnants car le recensement de la population de 2002 n'indique que 140 000 Monténégrins en Serbie. Vojislav Kostunica s'est opposé à ce que l'Union européenne se pose en intermédiaire dans les négociations entre la Serbie et le Monténégro. Ses conseillers laissent entendre que l'UE est incapable d'organiser et de superviser un référendum et que par conséquent elle n'est pas capable de s'occuper de la question du futur statut du Kosovo. Vojislav Kostunica n'a pas caché son mécontentement face à Javier Solana lors de sa dernière visite à Belgrade, jeudi 1er juin 2006. De fait, Vojislav Kostunica, l'antieuropéen et l'antioccidental, a montré son vrai visage.
L'Europe compte désormais deux nouveaux Etats : le Monténégro et la Serbie.
Le gouvernement serbe, dirigé par le Parti démocrate de Serbie (DSS), est resté fidèle à ses positions : il a entériné la décision de l'UE de valider le référendum et la proclamation des résultats par le président de la Commission référendaire sans à aucun moment reconnaître la volonté majoritaire des citoyens monténégrins. Le chef du gouvernement, Vojislav Kostunica, laisse entendre que le référendum a été entâché de nombreuses irrégularités et souligne que les Monténégrins de Serbie (270 000 personnes selon les autorités de Belgrade) n'ont pas pu prendre part au vote. Ces derniers, résidant en Serbie, ne sont pas des résidents permanents au Monténégro et par conséquent ne bénéficient pas du droit de vote dans cette république. De fait, les chiffres avancés par le gouvernement sont étonnants car le recensement de la population de 2002 n'indique que 140 000 Monténégrins en Serbie. Vojislav Kostunica s'est opposé à ce que l'Union européenne se pose en intermédiaire dans les négociations entre la Serbie et le Monténégro. Ses conseillers laissent entendre que l'UE est incapable d'organiser et de superviser un référendum et que par conséquent elle n'est pas capable de s'occuper de la question du futur statut du Kosovo. Vojislav Kostunica n'a pas caché son mécontentement face à Javier Solana lors de sa dernière visite à Belgrade, jeudi 1er juin 2006. De fait, Vojislav Kostunica, l'antieuropéen et l'antioccidental, a montré son vrai visage.
L'Europe compte désormais deux nouveaux Etats : le Monténégro et la Serbie.
27.5.06
La Serbie face à elle-même
Après la victoire des indépendantistes au Monténégro, la Serbie se retrouve isolée. Début mai, l'UE a suspendu les négociations pour la signature d'un accord de stabilisation et d'association avec la Serbie-et-Monténégro, seconde étape du processus de pré-adhésion car elle n'avait toujours pas livré le général Ratko Mladic au TPIY. De fait, seule la Serbie est concernée par cette affaire. L'UE pourrait reprendre les négociations avec le Monténégro dès l'automne une fois ce pays reconnu comme Etat indépendant par la communauté internationale.
La Serbie est à la croisée des chemins : consolidera-t-elle sa transition démocratique ou au contraire assistera-t-on à un retour au pouvoir des forces politiques du régime de Slobodan Milosevic? La situation est préoccupante et il n'est pas certain que l'UE ait conscience des risques encourus, à savoir une victoire lors des prochaines élections générales du Parti radical serbe, formation politique nationaliste, qui pourrait s'associer au Parti socialiste de Serbie et former un gouvernement.
Les sondages indiquent qu'une grande partie des citoyens est démobilisée et ne souhaite pas participer aux prochaines élections : 42% du corps électoral se prononce aujourd'hui (selon une enquête réalisée par le CESID en avril 2006). Dans ce contexte, le Parti radical serbe arrive en tête avec 35 à 38% d'intentions de vote. Cela ne signifie pas, pour autant, que ce parti s'est renforcé. Au contraire, le nombre de personnes se déclarant prêtes à voter pour les radicaux a baissé : 880 000 environ contre 1 000 000 lors des derniers scrutins. Mais la forte abstention dans le "camp démocrate" fait que ce parti se place en première position avec une forte proportion des intentions de vote.
La Serbie est à la croisée des chemins : consolidera-t-elle sa transition démocratique ou au contraire assistera-t-on à un retour au pouvoir des forces politiques du régime de Slobodan Milosevic? La situation est préoccupante et il n'est pas certain que l'UE ait conscience des risques encourus, à savoir une victoire lors des prochaines élections générales du Parti radical serbe, formation politique nationaliste, qui pourrait s'associer au Parti socialiste de Serbie et former un gouvernement.
Les sondages indiquent qu'une grande partie des citoyens est démobilisée et ne souhaite pas participer aux prochaines élections : 42% du corps électoral se prononce aujourd'hui (selon une enquête réalisée par le CESID en avril 2006). Dans ce contexte, le Parti radical serbe arrive en tête avec 35 à 38% d'intentions de vote. Cela ne signifie pas, pour autant, que ce parti s'est renforcé. Au contraire, le nombre de personnes se déclarant prêtes à voter pour les radicaux a baissé : 880 000 environ contre 1 000 000 lors des derniers scrutins. Mais la forte abstention dans le "camp démocrate" fait que ce parti se place en première position avec une forte proportion des intentions de vote.
Boris Tadic en visite à Podgorica
Le président de la Serbie, Boris Tadic, se rend aujourd'hui à Podgorica où il rencontrera le président monténégrin, Filip Vujanovic, le chef du gouvernement, Milo Djukanovic, le président de la Serbie-et-Monténégro, Svetozar Marovic ainsi que le leader du bloc unioniste, Predrag Bulatovic. Il s'y rend pour contribuer à la stabilisation de la situation politique au Monténégro et transmettre un message d'amitié à l'ensemble des citoyens monténégrins.
Cette initiative intervient alors que le gouvernement serbe n'a toujours pas souhaité se prononcer sur le référendum et l'indépendance sinon pour souligner les irrégularités lors de la tenue du vote.
Heureusement que la Serbie dans sa totalité n'est pas à l'image de Vojislav Kostunica.
Cette initiative intervient alors que le gouvernement serbe n'a toujours pas souhaité se prononcer sur le référendum et l'indépendance sinon pour souligner les irrégularités lors de la tenue du vote.
Heureusement que la Serbie dans sa totalité n'est pas à l'image de Vojislav Kostunica.
24.5.06
Le Monténégro devient indépendant
Les citoyens monténégrins ont voté majoritairement (55,5%) en faveur de l'indépendance de leur république qui jouissait déjà d'une très forte autonomie dans la gestion de ses affaires. L'issue du référendum marque une défaite pour les autorités politiques de Serbie qui se sont prononcées pour le maitien de l'Etat commun de Serbie-et-Monténégro et ont soutenu le camp unioniste au Monténégro. Mais il s'agit aussi d'une défaite pour l'Union européenne qui s'était opposée à l'indépendance du Monténégro. L'UE n'a modifié ses positions que tout récemment pour ne pas trop apparaître comme juge et partie et en porte-à-faux avec les résultats du référendum. Depuis plusieurs années déjà, la politique de l'UE contribuait à soutenir les forces nationalistes serbes et également antieuropéennes.
A Belgrade, l'absence de réactions officielles dimanche 21 et lundi 22 mai a relevé du pathétique. Le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, nationaliste convaincu, a refusé de déclarer quoi que ce soit avant la proclamation définitive des résultats laissant entendre, comme d'autres membres de son parti, le Parti démocrate de Serbie (DSS), que l'issue du référendum pouvait changer en raison des irrégularités constatées sur le terrain : "résultats préliminaires" = "indépendance préliminaire". De fait en Serbie, les principaux défenseurs de l'union serbo-monténégrine sont les forces nationalistes qui ont soutenu le projet d'unification des "terres serbes" au cours des années 1990. Les intellectuels, tels Ljubomir Tadic et Matija Beckovic, qui avaient contribué au réveil nationaliste serbe dans la seconde moitié des années 1980 ont été les principaux acteurs du combat pour le maintien de l'Etat commun au sein du Mouvement pour le maintien d'Etat commun européen de Serbie-et-Monténégro.
Aucun doute, la Serbie-et-Monténégro vit ses dernières heures. Son président, le monténégrin, Svetozar Marovic, devrait présider le dernier conseil des ministres, le jeudi 25 mai 2006, et annoncer sa démission.
Deux nouveaux Etats apparaîssent sur la scène européenne, le Monténégro et la Serbie, les deux seuls Etats indépendants qui existaient avant la création de la Yougoslavie en 1918.
A Belgrade, l'absence de réactions officielles dimanche 21 et lundi 22 mai a relevé du pathétique. Le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, nationaliste convaincu, a refusé de déclarer quoi que ce soit avant la proclamation définitive des résultats laissant entendre, comme d'autres membres de son parti, le Parti démocrate de Serbie (DSS), que l'issue du référendum pouvait changer en raison des irrégularités constatées sur le terrain : "résultats préliminaires" = "indépendance préliminaire". De fait en Serbie, les principaux défenseurs de l'union serbo-monténégrine sont les forces nationalistes qui ont soutenu le projet d'unification des "terres serbes" au cours des années 1990. Les intellectuels, tels Ljubomir Tadic et Matija Beckovic, qui avaient contribué au réveil nationaliste serbe dans la seconde moitié des années 1980 ont été les principaux acteurs du combat pour le maintien de l'Etat commun au sein du Mouvement pour le maintien d'Etat commun européen de Serbie-et-Monténégro.
Aucun doute, la Serbie-et-Monténégro vit ses dernières heures. Son président, le monténégrin, Svetozar Marovic, devrait présider le dernier conseil des ministres, le jeudi 25 mai 2006, et annoncer sa démission.
Deux nouveaux Etats apparaîssent sur la scène européenne, le Monténégro et la Serbie, les deux seuls Etats indépendants qui existaient avant la création de la Yougoslavie en 1918.
10.5.06
Tribune de Peter Handke dans Libération du 10.05.2006
Peter Handke se réjouit de la possibilité d'un débat dans la presse française à propos de l'ancienne Yougoslavie et des conflits qui y ont éclaté. Mais pour qu'il puisse y avoir un débat encore faut-il s'inscrire dans une démarche intellectuelle honnête et respectueuse des faits. Or, Peter Handke ne le fait pas. Selon lui, la "guerre civile" a été "déclenchée, ou au moins coproduite par une Europe de mauvaise foi ou au moins ignorante". Cette affirmation est fausse. Les causes de la désintégration de la Yougoslavie communiste et de sa fin tragique dans la guerre sont liées principalement à des facteurs internes et impliquent des acteurs politiques locaux et non extérieurs. En 1990-1991, alors que la Fédération yougoslave s'enfonce dans le chaos, les grandes puissances occidentales se prononcent pour le maintien de l'Etat yougoslave et non sa dislocation. Néanmoins, le pays plongeant dans la guerre au printemps 1991, les positions de ces mêmes puissances évolueront prenant en compte la réalité du terrain, à savoir celle d'un pays éclaté. L'Europe, la Communauté économique européenne à l'époque, n'a déclenché aucun conflit en ex-Yougoslavie. Elle n'était pas à l'époque prête à faire face à une telle situation, ce qui est autre chose...
7.5.06
Les raisons de la non-livraison de Ratko Mladic
Depuis plusieurs années dèjà, les autorités politiques serbes sont dans l'obligation de livrer le général Ratko Mladic au TPIY. Or, malgré les ultimatums répétés de l'UE rien ne s'est produit jusqu'à début mai 2006.
Pourquoi Mladic n'a-t-il pas été appréhendé?
Plusieurs raisons peuvent être avancées :
- Les ultimatums précédents de l'UE n'ayant jamais été suivis d'effets, le gouvernement serbe n'a jamais pris au sérieux les éventuelles menaces européennes.
- Le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, n'apprécie pas l'activité du TPIY et soutient toujours la cause du nationalisme serbe. Il n'a jamais eu la volonté politique de livrer R. Mladic. Ce n'est que sous la pression internationale qu'il agit ou fait semblant d'agir.
- L'appareil sécuritaire serbe, et plus particulièrement ses services de renseignement, ne sont pas sous le contrôle total du gouvernement et certains de ses segments soutiennent toujours l'ancien régime de Milosevic. Ils mènent en bateau le gouvernement serbe.
Pourquoi Mladic n'a-t-il pas été appréhendé?
Plusieurs raisons peuvent être avancées :
- Les ultimatums précédents de l'UE n'ayant jamais été suivis d'effets, le gouvernement serbe n'a jamais pris au sérieux les éventuelles menaces européennes.
- Le premier ministre serbe, Vojislav Kostunica, n'apprécie pas l'activité du TPIY et soutient toujours la cause du nationalisme serbe. Il n'a jamais eu la volonté politique de livrer R. Mladic. Ce n'est que sous la pression internationale qu'il agit ou fait semblant d'agir.
- L'appareil sécuritaire serbe, et plus particulièrement ses services de renseignement, ne sont pas sous le contrôle total du gouvernement et certains de ses segments soutiennent toujours l'ancien régime de Milosevic. Ils mènent en bateau le gouvernement serbe.
13.3.06
L'imaginaire du complot
Les partisans de Milosevic sont fidèles à eux-mêmes : leur chef n'a pas pu mourir d'une mort naturelle, liée à sa maladie. Il n'a pu être qu'empoisonné. De la sorte, on entretient le mythe du héros serbe martyr.
Si Milosevic avait eu des choses importantes à révéler, il les aurait déjà déclarées au cours des quatre ans de procès (février 2002-mars 2006). Il a eu le loisir de s'exprimer et de disposer d'une tribune pour contester la légitimité du TPIY et donner sa vision des faits. Il n'était pas dans l'intérêt du tribunal qu'il meurt alors que l'on s'approchait de la fin du procès.
Sa mort aura pour conséquence principale de détériorer davantage l'image du TPIY auprès des citoyens de Serbie, qu'ils soutiennent ou pas l'héritage de Slobodan Milosevic. Néanmoins, si le procès à l'encontre de Milosevic était le procès clé, il n'était pas le seul, de nombreux procès ont déjà eu lieu et d'autres sont à venir qui permettront d'établir les responsabilités à propos des atrocités commises pendant les guerres des années 1990.
Si Milosevic avait eu des choses importantes à révéler, il les aurait déjà déclarées au cours des quatre ans de procès (février 2002-mars 2006). Il a eu le loisir de s'exprimer et de disposer d'une tribune pour contester la légitimité du TPIY et donner sa vision des faits. Il n'était pas dans l'intérêt du tribunal qu'il meurt alors que l'on s'approchait de la fin du procès.
Sa mort aura pour conséquence principale de détériorer davantage l'image du TPIY auprès des citoyens de Serbie, qu'ils soutiennent ou pas l'héritage de Slobodan Milosevic. Néanmoins, si le procès à l'encontre de Milosevic était le procès clé, il n'était pas le seul, de nombreux procès ont déjà eu lieu et d'autres sont à venir qui permettront d'établir les responsabilités à propos des atrocités commises pendant les guerres des années 1990.
12.3.06
Décès de Slobodan Milosevic
Slobodan Milosevic, ancien président de la Serbie et de la RF Yougoslavie, a été retrouvé mort dans sa cellule, samedi 11 mars 2006.
Le principal procès conduit au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie s'achève donc sans qu'aucun verdict n'ait été prononcé. Inévitablement se pose la question de la durée du procès en question, nous étions entrés dans sa cinquième année en février dernier. Certes, le procès trainait en longueur en raison des problèmes de santé de Milosevic, mais la question se pose de savoir s'il fallait unifier les actes d'accusation pesant à son encontre pour l'ensemble des conflits armés conduits au cours des années 1990. En effet, lorsque Milosevic est inculpé par le TPIY au printemps 1999, l'acte d'accusation ne concerne que les événements de la guerre au Kosovo. Il sera ultérieurement élargi aux guerres menées en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Or, il était possible de distinguer ces conflits dans la mesure où la guerre du Kosovo s'est produite à l'intérieur même du territoire de la Serbie, tandis que les guerres des années 1991-1995 se sont produites à l'extérieur des frontières de la Serbie, sur les territoires de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine.
Avec deux procès, nous aurions au moins eu, en l'espace de deux ans, une condamnation pour les charges concernant la guerre du Kosovo. Or, aujourd'hui, Slobodan Milosevic, pourra être présenté comme un martyr par les nationalistes serbes.
Certes, tous les témoignages du procès Milosevic ne sont pas perdus et fournissent un matériau important pour comprendre le rôle joué par les autorités politiques de Serbie dans la conduite de la guerre et du nettoyage ethnique.
Néanmoins, d'autres procès doivent avoir lieu contre d'anciens dignitaires du régime de Milosevic qui permettront de faire la lumière sur l'implication première de Slobodan Milosevic.
Le principal procès conduit au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie s'achève donc sans qu'aucun verdict n'ait été prononcé. Inévitablement se pose la question de la durée du procès en question, nous étions entrés dans sa cinquième année en février dernier. Certes, le procès trainait en longueur en raison des problèmes de santé de Milosevic, mais la question se pose de savoir s'il fallait unifier les actes d'accusation pesant à son encontre pour l'ensemble des conflits armés conduits au cours des années 1990. En effet, lorsque Milosevic est inculpé par le TPIY au printemps 1999, l'acte d'accusation ne concerne que les événements de la guerre au Kosovo. Il sera ultérieurement élargi aux guerres menées en Croatie et en Bosnie-Herzégovine. Or, il était possible de distinguer ces conflits dans la mesure où la guerre du Kosovo s'est produite à l'intérieur même du territoire de la Serbie, tandis que les guerres des années 1991-1995 se sont produites à l'extérieur des frontières de la Serbie, sur les territoires de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine.
Avec deux procès, nous aurions au moins eu, en l'espace de deux ans, une condamnation pour les charges concernant la guerre du Kosovo. Or, aujourd'hui, Slobodan Milosevic, pourra être présenté comme un martyr par les nationalistes serbes.
Certes, tous les témoignages du procès Milosevic ne sont pas perdus et fournissent un matériau important pour comprendre le rôle joué par les autorités politiques de Serbie dans la conduite de la guerre et du nettoyage ethnique.
Néanmoins, d'autres procès doivent avoir lieu contre d'anciens dignitaires du régime de Milosevic qui permettront de faire la lumière sur l'implication première de Slobodan Milosevic.
2.3.06
Référendum sur l'indépendance du Monténégro
La date du référendum sur l'indépendance du Monténégro a enfin été annoncée : le 21 mai 2006. L'Union européenne a prétendument joué le rôle de médiateur entre les différentes forces politiques monténégrines mais elle a de fait imposé une solution plus que discutable. En effet, selon elle, le référendum ne sera valide que si plus de 55% des votants se prononcent pour l'indépendance. En France, pourtant, la majorité est de 50% en pareilles circonstances. En conséquence, l'UE est-elle simple médiatrice ou au contraire juge et partie? En effet, il faut savoir que la préférence des autorités politiques européennes est le maintien de l'Etat commun de la Serbie-et-Monténégro.
Alors que la Serbie est incapable, à ce jour, de livrer Ratko Mladic au TPIY, on peut comprendre que les autorités monténégrines ne souhaitent pas la perpétuation de l'Etat serbo-monténégrin, d'autant plus que celui-ci risque d'être condamné à verser des réparations à la Bosnie-Herzégovine par la Cour internationale de justice.
Alors que la Serbie est incapable, à ce jour, de livrer Ratko Mladic au TPIY, on peut comprendre que les autorités monténégrines ne souhaitent pas la perpétuation de l'Etat serbo-monténégrin, d'autant plus que celui-ci risque d'être condamné à verser des réparations à la Bosnie-Herzégovine par la Cour internationale de justice.
24.2.06
TPIY : Momcilo Krajisnik
Ancien président de l'assemblée de la Republika Srspka et dirigeant du Parti démocratique serbe (SDS), Momcilo Krajisnik, a révisé la liste de témoins qu'il souhaite voir apparaître à son procès au Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie. Sur cette liste, on trouve le nom de Slobodan Milosevic, mais surtout celui de Radovan Karadzic, toujours en fuite. Lui lancera-t-il un appel pour qu'il se livre au TPIY?
(source : Nezavisne novine, 11.02.2006, p. 6)
(source : Nezavisne novine, 11.02.2006, p. 6)
20.2.06
Où va la Serbie?
La Serbie possède un gouvernement qui ne ressemble à pas grand chose. Il rassemble des forces hétéroclites qui n'ont pas peur des contradictions. Je pense ici en particulier aux partis les plus opposés à l'ancien régime le G17 Plus et le Mouvement serbe du renouveau (SPO) qui collaborent avec le Parti démocrate de Serbie (DSS) de Kostunica préférant critiquer le gouvernement précédent de Zoran Djindjic plutôt que le régime autoritaire de Slobodan Milosevic. De surcroît, le gouvernement actuel se maintient au pouvoir grâce à l'appui du Parti socialiste de Serbie de Slobodan Milosevic.
Il ne serait d'ailleurs pas surprenant que le DSS s'associe au Parti radical serbe (SRS), parti ayant soutenu par intermèdes l'ancien régime autoritaire. Ces deux formations sont très proches sur le plan idéologique en particulier à propos de la question nationale serbe.
Le SRS a proposé au chef du gouvernement de proclamer le Kosovo occupé en cas de reconnaissance de l'indépendance de cette région. Ce qui voudrait dire à nouveau mobilisation armée pour s'opposer à cet état de fait.
Il ne serait d'ailleurs pas surprenant que le DSS s'associe au Parti radical serbe (SRS), parti ayant soutenu par intermèdes l'ancien régime autoritaire. Ces deux formations sont très proches sur le plan idéologique en particulier à propos de la question nationale serbe.
Le SRS a proposé au chef du gouvernement de proclamer le Kosovo occupé en cas de reconnaissance de l'indépendance de cette région. Ce qui voudrait dire à nouveau mobilisation armée pour s'opposer à cet état de fait.
20.12.05
Aéroport de Ljubljana
L'aéroport de Ljubljana (Slovénie) représente un lieu intéressant : c'est un des rares endroits où l'on peut voir, dans un petit périmètre, des personnes issues de l'ensemble des communautés nationales de l'Ex-Yougoslavie (Slovènes, Croates, Serbes, Albanais, Macédoniens, Monténégrins, ...).
La voie européenne de la Macédoine
La Macédoine a failli faire les frais des marchandages intraeuropéens. La France en particulier est monté au créneau pour s'opposer à l'octroi de statut de pays candidat à la Macédoine. Ce petit pays (2 millions d'habitants) n'a fait qu'endurer les conséquences des conflits ex-yougoslaves pendant les années 1990. L'embargo imposé par les Nations unies contre la RF Yougoslavie a notamment pesé sur son économie. Sans parler de l'opposition de la Grèce à la reconnaissance internationale du pays sous le nom de République de Macédoine. En 2001, des insurgés albanais infiltrés pour certains d'entre eux du Kosovo ont failli faire sombrer le pays dans la guerre. Depuis l'Union européenne encadre les évolutions politiques, économiques et sociales du pays qui a fait de nombreux efforts pour obtenir le statut de candidat officiel à l'adhésion à l'UE. Il aurait été paradoxal de reporter la décision qui a été finalement prise le week-end du 17 décembre 2005. L'ancrage de la Macédoine sur la voie de l'adhésion à l'Europe est une garantie de sa stabilité qui peut être fortement menacée par les négociations sur le futur statut du Kosovo qui se dérouleront en 2006.
28.11.05
Réforme de la Constitution de Bosnie-Herzégovine
Les représentants des huit principaux partis politiques de Bosnie-Herzégovine et les membres de la Présidence collégiale du pays ont signé une déclaration sur le principe d’une modification de la Constitution du pays, le mardi 22 novembre 2005 à Washington.
Plusieurs remarques s'imposent :
- Les Américains n'abandonnent pas le terrain balkanique et entendent conserver leur rôle influent et dominant. On peut se demander où se trouve l'Union européenne dans ce processus de révision de la Constitution de Bosnie-Herzégovine incluse en 1995 dans les accords de paix de Dayton.
- Quelle marge de manoeuvre laisse-t-on aux acteur locaux? Les changements constitutionnels seront-ils imposés ou vraiment négociés et élaborés par les élus locaux?
- Quelle peut être l'ampleur des changement lorsque l'on sait que les trois parties concernées ne s'accordent pas sur l'essence de la réforme. Si les Bosniaques sont favorables à un Etat unitaire plus ou moins centralisé, les Serbes sont fermement opposés à la suppression des entités (Republika Srpska et Fédération croato-bosniaque). Les Croates sont toujours en faveur de l'établissement d'une troisième entité qui leur serait destinée.
L'avenir de la Bosnie-Herzégovine passe nécessairement par le renforcement de son unité, mais cela ne pourra se réaliser que dans le respect de sa diversité. Les institutions centrales peuvent être renforcées et rationnalisées afin de faciliter le processus d'adhésion à l'Union européenne sans pour autant que l'on revienne sur la structure complexe de l'Etat bosnien. L'Allemagne est bien un Etat complexe, fédéral, et membre de l'Union européenne.
Plusieurs remarques s'imposent :
- Les Américains n'abandonnent pas le terrain balkanique et entendent conserver leur rôle influent et dominant. On peut se demander où se trouve l'Union européenne dans ce processus de révision de la Constitution de Bosnie-Herzégovine incluse en 1995 dans les accords de paix de Dayton.
- Quelle marge de manoeuvre laisse-t-on aux acteur locaux? Les changements constitutionnels seront-ils imposés ou vraiment négociés et élaborés par les élus locaux?
- Quelle peut être l'ampleur des changement lorsque l'on sait que les trois parties concernées ne s'accordent pas sur l'essence de la réforme. Si les Bosniaques sont favorables à un Etat unitaire plus ou moins centralisé, les Serbes sont fermement opposés à la suppression des entités (Republika Srpska et Fédération croato-bosniaque). Les Croates sont toujours en faveur de l'établissement d'une troisième entité qui leur serait destinée.
L'avenir de la Bosnie-Herzégovine passe nécessairement par le renforcement de son unité, mais cela ne pourra se réaliser que dans le respect de sa diversité. Les institutions centrales peuvent être renforcées et rationnalisées afin de faciliter le processus d'adhésion à l'Union européenne sans pour autant que l'on revienne sur la structure complexe de l'Etat bosnien. L'Allemagne est bien un Etat complexe, fédéral, et membre de l'Union européenne.
23.11.05
Irrédentisme serbe et éclatement de la guerre en Croatie
Les nationalistes serbes pour justifier l'éclatement de la guerre en Croatie invoque principalement la politique antiserbe du pouvoir croate de l'époque, à savoir de la Communauté démocratique croate (HDZ) présidée par Franjo Tudjman. Le séparatisme serbe s'expliquerait par les mesures discriminatoires adoptées par le régime de Zagreb.
Il est certain que la politique croate visant à réviser la position des Serbes en Croatie a eu une influence sur leur mobilisation politique puis armée.
Néanmoins, force est de constater que des Serbes de Croatie appuyés par les intellectuels nationalistes de Belgrade se sont prononcés pour la division de la Croatie sur une base ethnique avant la tenue des premières élections libres dans cette république en avril 1990, et par conséquent avant l'arrivée au pouvoir de Franjo Tudjman.
En juillet 1989, lors de la célébration du Six-centième anniversaire de la bataille du Kosovo en Croatie, une proclamation sur l'établissement d'une nouvelle unité fédérale dénommée Krajina serbe circule. La capitale de cette nouvelle unité fédérale serait Karlovac. La Krajina serbe comprendrait ainsi le nord de la Dalmatie, la Lika, le Kordun, la Banija, la Slavonie et la Baranja, à savoir les territoires correspondant aux anciens confins militaires de l'Empire d'Autriche. Cette volonté de séparer les territoires peuplés de Serbes du reste de la Croatie est exprimée deux ans avant la proclamation de l'indépendance de la Croatie en juin 1991. Dans la réalité, la révision des frontières a déjà été proposée par les intellectuels s'inscrivant dans l'héritage du mouvement tchetnik de la Seconde Guerre mondiale (Vuk Draskovic et Vojislav Seselj notamment).
Dès cette époque, l'avenir de la Yougoslavie est en discussion. Les intellectuels nationalistes serbes évoquent déjà l'évolution possible de la Yougoslavie vers une confédération. Et dans ce cas précis, ils soutiennent que les frontières des républiques ne pourront demeurer les mêmes et que par conséquent la Croatie verra son territoire réduit. Au cours de l'été 1989, les intellectuels serbes de Belgrade se prononcent pour l'autonomie des Serbes de Croatie.
Il est certain que la politique croate visant à réviser la position des Serbes en Croatie a eu une influence sur leur mobilisation politique puis armée.
Néanmoins, force est de constater que des Serbes de Croatie appuyés par les intellectuels nationalistes de Belgrade se sont prononcés pour la division de la Croatie sur une base ethnique avant la tenue des premières élections libres dans cette république en avril 1990, et par conséquent avant l'arrivée au pouvoir de Franjo Tudjman.
En juillet 1989, lors de la célébration du Six-centième anniversaire de la bataille du Kosovo en Croatie, une proclamation sur l'établissement d'une nouvelle unité fédérale dénommée Krajina serbe circule. La capitale de cette nouvelle unité fédérale serait Karlovac. La Krajina serbe comprendrait ainsi le nord de la Dalmatie, la Lika, le Kordun, la Banija, la Slavonie et la Baranja, à savoir les territoires correspondant aux anciens confins militaires de l'Empire d'Autriche. Cette volonté de séparer les territoires peuplés de Serbes du reste de la Croatie est exprimée deux ans avant la proclamation de l'indépendance de la Croatie en juin 1991. Dans la réalité, la révision des frontières a déjà été proposée par les intellectuels s'inscrivant dans l'héritage du mouvement tchetnik de la Seconde Guerre mondiale (Vuk Draskovic et Vojislav Seselj notamment).
Dès cette époque, l'avenir de la Yougoslavie est en discussion. Les intellectuels nationalistes serbes évoquent déjà l'évolution possible de la Yougoslavie vers une confédération. Et dans ce cas précis, ils soutiennent que les frontières des républiques ne pourront demeurer les mêmes et que par conséquent la Croatie verra son territoire réduit. Au cours de l'été 1989, les intellectuels serbes de Belgrade se prononcent pour l'autonomie des Serbes de Croatie.
22.11.05
Résolution de l'Assemblée de Serbie sur le Kosovo
L'Assemblée de Serbie s'est réunie, le lundi 21 novembre 2005, pour discuter de la résolution proposée par le gouvernement à propos des négociations sur le statut futur du Kosovo.
Cette résolution a été adoptée par 205 députés sur 250, 29 s'étant abstenus (Parti démocrate, Parti social-démocrate).
Le Parti radical serbe s'est montré menaçant. Tomislav Nikolic, en charge de la direction de ce parti, a déclaré :
"Nous vous envoyons à ces négociations le coeur ouvert, nous prenons la responsabilité qu'en notre nom vous négociez, mais je vous promets que si dans la lutte pour le pouvoir vous ne nous verrez jamais dans la rue, pour le Kosovo et la Métochie, peu importe contre qui, y compris vous, si vous osez prendre de mauvaises décisions, tous les moyens seront permis aux Radicaux serbes".
En serbe :
„Шаљемо вас у ове преговоре отвореног срца, преузимамо одговорност да ћете у наше име преговарати, али вам обећавам да нас у борби за власт никада нећете видети на улици, али у борби за Космет, против било кога, па и против вас, ако се будете усудили на лоша решења, сва средства су дозвољена српским радикалима”. (source Politika du 22.11.2005)
La résolution (version du texte en anglais) en question a été soutenue par les partis de la coalition gouvernementale et par les partis de l'ancien régime (Parti radical serbe et parti socialiste de Serbie) qui ont grandement contribué à amener le Kosovo là où il se trouve aujourd'hui, à savoir sous protectorat international.
Cette résolution a été adoptée par 205 députés sur 250, 29 s'étant abstenus (Parti démocrate, Parti social-démocrate).
Le Parti radical serbe s'est montré menaçant. Tomislav Nikolic, en charge de la direction de ce parti, a déclaré :
"Nous vous envoyons à ces négociations le coeur ouvert, nous prenons la responsabilité qu'en notre nom vous négociez, mais je vous promets que si dans la lutte pour le pouvoir vous ne nous verrez jamais dans la rue, pour le Kosovo et la Métochie, peu importe contre qui, y compris vous, si vous osez prendre de mauvaises décisions, tous les moyens seront permis aux Radicaux serbes".
En serbe :
„Шаљемо вас у ове преговоре отвореног срца, преузимамо одговорност да ћете у наше име преговарати, али вам обећавам да нас у борби за власт никада нећете видети на улици, али у борби за Космет, против било кога, па и против вас, ако се будете усудили на лоша решења, сва средства су дозвољена српским радикалима”. (source Politika du 22.11.2005)
La résolution (version du texte en anglais) en question a été soutenue par les partis de la coalition gouvernementale et par les partis de l'ancien régime (Parti radical serbe et parti socialiste de Serbie) qui ont grandement contribué à amener le Kosovo là où il se trouve aujourd'hui, à savoir sous protectorat international.
21.11.05
Début officiel des négociations sur le futur statut du Kosovo
En ce 21 novembre 2005, date anniversaire des accords de paix de Dayton ayant contribué à la pacification de la Bosnie-Herzégovine, débutent les négociations sur le futur statut du Kosovo conduites par l'ex-président finlandais Martti Ahtisaari. Long et périlleux processus en perspective ! Un retour de la violence n'est pas à exclure dans la province du Kosovo où des Albanais estiment que la présence internationale nuit à l'obtention de l'indépendance. J'aurai l'occasion de revenir sur la question.
Infos en serbe :
Krenuo "šatl": Ahtisari u Prištini (B92)
Usvojena Rezolucija o Kosovu (B92)
Infos en serbe :
Krenuo "šatl": Ahtisari u Prištini (B92)
Usvojena Rezolucija o Kosovu (B92)
Milosevic et l'option de la Grande Serbie
Depuis que Vojislav Seselj a déclaré lors de son témoignage au procès Milosevic que ce dernier n'était pas un défenseur de la Grande Serbie au contraire de lui-même, leader du Parti radical serbe, nombre d'opposants au TPIY et à la politique extérieure américaine, mais pas uniquement, ont trouvé un argument pour affirmer que Milosevic ne souhaitait pas la création d'une Grande Serbie, mais le maitien de la Yougoslavie.
Cette assertion est bien entendu fausse. J'ai repris l'ouvrage de l'ancien président yougoslave, Borisav Jovic, Poslednji dani SFRJ : izvodi iz dnevnika (Les derniers jours de la RSFY : extraits de mon journal), Beograd, Politika, 1995, pour le prouver. Borisav Jovic, collaborateur de Slobodan Milosevic au sein de la Ligue des communistes de Serbie, a été l'avant-dernier président de la Yougoslavie communiste.
Or que peut-on constater en parcourant cet ouvrage? Au printemps 1990, alors que les premières élections pluralistes ont eu lieu en Croatie et en Slovénie, l'Armée populaire yougoslave, Borisav Jovic et Slobodan Milosevic se prononcent pour l'expulsion de la Croatie et de la Slovénie de la Yougoslavie (autour du 28 juin 1990). Slobodan Milosevic avance l'option de l'amputation territoriale de la Croatie en prévoyant le rattachement ou le maintien dans l'Etat yougoslave (sous domination de la Serbie) des communes de la Lika, du Kordun et de la Banija, régions de Croatie constituant la Krajina (p. 161 de l'ouvrage en question) où un référendum serait organisé dans un second temps sur le maitien de ces territoires ou pas dans la Yougoslavie.
A cette époque, l'Armée populaire yougoslave a déjà un plan d'action pour le Kosovo, la Croatie et la Slovénie. Un plan pour l'ensemble du pays est en cours d'élaboration (p. 162).
Début septembre, l'armée se déclare prête à intervenir militairement en Slovénie dès ce même mois, en Croatie au mois d'octobre et au Kosovo à n'importe quel moment (p. 190).
Les dirigeants serbes refusent que les Serbes de Croatie deviennent une minorité nationale en Croatie et invoquent le droit à l'autodétermination des peuples.
Au cours de l'été 1990, une carte ethnique de l'espace serbe est en cours d'élaboration autour notamment de Dobrica Cosic, écrivain communiste se présentant comme le père spirituel de la nation serbe (p. 193). A cette époque Cosic est sollicité par le président yougoslave, Borisav Jovic, ainsi que par Slobodan Milosevic, soucieux d'avoir son avis sur l'évolution des évènements en Yougoslavie.
A cette époque (été/automne 1990), de nombreuses discussions sont menées au sein des institutions yougoslaves, en particulier au sein de la Présidence collégiale yougoslave, sur l'avenir de la Yougoslavie. Alors que la Croatie et la Slovénie sont en faveur d'une confédération, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine se prononcent pour une fédération à la condtion que les deux premières républiques mentionnées décident d'en faire partie. Les dirigeants serbes et monténégrins souhaitent le maintien de la Yougoslavie ou la division des territoires des républiques souhaitant faire sécession sur une base ethnique (p. 208), sous entendu la Croatie à l'époque, la Slovénie n'intéressant pas la Serbie. Les dirigeants serbes ont conscience qu'une guerre civile est vraisemblablemnt inévitable en cas de sécession de la Croatie pour permettre aux Serbes de cette république de rester dans l'Etat yougoslave, en fait un Etat modelé par la Serbie.
En janvier 1991, pour Slobodan Milosevic la solution de la crise yougoslave passe par la prise de contrôle des territoires peuplés de Serbes en Croatie de la part de l'Armée populaire yougoslave (p. 262).
En janvier 1991, bien avant la proclamation des indépendances croate et slovène (fin juin 1991), l'Armée populaire yougoslave se prononce pour le renversement des autorités en Croatie et en Slovénie, ainsi qu'en Macédoine et Bosnie-Herzégovine. En Croatie, il est prévu de renforcer sur les plans institutionnel et politique la Krajina serbe et de soutenir sa sécession de la Croatie (p. 277).
Milosevic approuve la teneur du plan de l'armée (le 28 février 1991, p. 281).
Je pourrais poursuivre ici la liste des indications montrant avec clarté que l'option de la sécession des territoires de Croatie peuplés de Serbes était envisagée par les dirigeants de la Serbie dès 1990. A cette époque Milosevic sollicite les conseils de Dobrica Cosic qui est en faveur d'un redécoupage des frontières et de l'unification des pays serbes sous un même toit étatique. Effectivement, Milosevic n'a peut-être pas employé publiquement l'expression "Grande Serbie", mais force est de constater qu'il a oeuvré à sa création.
Cette assertion est bien entendu fausse. J'ai repris l'ouvrage de l'ancien président yougoslave, Borisav Jovic, Poslednji dani SFRJ : izvodi iz dnevnika (Les derniers jours de la RSFY : extraits de mon journal), Beograd, Politika, 1995, pour le prouver. Borisav Jovic, collaborateur de Slobodan Milosevic au sein de la Ligue des communistes de Serbie, a été l'avant-dernier président de la Yougoslavie communiste.
Or que peut-on constater en parcourant cet ouvrage? Au printemps 1990, alors que les premières élections pluralistes ont eu lieu en Croatie et en Slovénie, l'Armée populaire yougoslave, Borisav Jovic et Slobodan Milosevic se prononcent pour l'expulsion de la Croatie et de la Slovénie de la Yougoslavie (autour du 28 juin 1990). Slobodan Milosevic avance l'option de l'amputation territoriale de la Croatie en prévoyant le rattachement ou le maintien dans l'Etat yougoslave (sous domination de la Serbie) des communes de la Lika, du Kordun et de la Banija, régions de Croatie constituant la Krajina (p. 161 de l'ouvrage en question) où un référendum serait organisé dans un second temps sur le maitien de ces territoires ou pas dans la Yougoslavie.
A cette époque, l'Armée populaire yougoslave a déjà un plan d'action pour le Kosovo, la Croatie et la Slovénie. Un plan pour l'ensemble du pays est en cours d'élaboration (p. 162).
Début septembre, l'armée se déclare prête à intervenir militairement en Slovénie dès ce même mois, en Croatie au mois d'octobre et au Kosovo à n'importe quel moment (p. 190).
Les dirigeants serbes refusent que les Serbes de Croatie deviennent une minorité nationale en Croatie et invoquent le droit à l'autodétermination des peuples.
Au cours de l'été 1990, une carte ethnique de l'espace serbe est en cours d'élaboration autour notamment de Dobrica Cosic, écrivain communiste se présentant comme le père spirituel de la nation serbe (p. 193). A cette époque Cosic est sollicité par le président yougoslave, Borisav Jovic, ainsi que par Slobodan Milosevic, soucieux d'avoir son avis sur l'évolution des évènements en Yougoslavie.
A cette époque (été/automne 1990), de nombreuses discussions sont menées au sein des institutions yougoslaves, en particulier au sein de la Présidence collégiale yougoslave, sur l'avenir de la Yougoslavie. Alors que la Croatie et la Slovénie sont en faveur d'une confédération, la Macédoine et la Bosnie-Herzégovine se prononcent pour une fédération à la condtion que les deux premières républiques mentionnées décident d'en faire partie. Les dirigeants serbes et monténégrins souhaitent le maintien de la Yougoslavie ou la division des territoires des républiques souhaitant faire sécession sur une base ethnique (p. 208), sous entendu la Croatie à l'époque, la Slovénie n'intéressant pas la Serbie. Les dirigeants serbes ont conscience qu'une guerre civile est vraisemblablemnt inévitable en cas de sécession de la Croatie pour permettre aux Serbes de cette république de rester dans l'Etat yougoslave, en fait un Etat modelé par la Serbie.
En janvier 1991, pour Slobodan Milosevic la solution de la crise yougoslave passe par la prise de contrôle des territoires peuplés de Serbes en Croatie de la part de l'Armée populaire yougoslave (p. 262).
En janvier 1991, bien avant la proclamation des indépendances croate et slovène (fin juin 1991), l'Armée populaire yougoslave se prononce pour le renversement des autorités en Croatie et en Slovénie, ainsi qu'en Macédoine et Bosnie-Herzégovine. En Croatie, il est prévu de renforcer sur les plans institutionnel et politique la Krajina serbe et de soutenir sa sécession de la Croatie (p. 277).
Milosevic approuve la teneur du plan de l'armée (le 28 février 1991, p. 281).
Je pourrais poursuivre ici la liste des indications montrant avec clarté que l'option de la sécession des territoires de Croatie peuplés de Serbes était envisagée par les dirigeants de la Serbie dès 1990. A cette époque Milosevic sollicite les conseils de Dobrica Cosic qui est en faveur d'un redécoupage des frontières et de l'unification des pays serbes sous un même toit étatique. Effectivement, Milosevic n'a peut-être pas employé publiquement l'expression "Grande Serbie", mais force est de constater qu'il a oeuvré à sa création.
(Ré)évaluation erronée du rôle de Milosevic
Depuis les attentats du 11 septembre 2001, les guerres en Afghanistan puis en Iraq, l'opposition à la politique extérieure américaine s'est renforcée à travers le monde. Ce bouillonement antiimpérialiste et l'agitation antiaméricaine ont eu des effets sur l'interprétation des évènements des années 1990 en ex-Yougoslavie. Cette grille de lecture avait déjà été proposée auparavant, mais elle a trouvé un écho nettement plus large dans le nouveau contexte international depuis l'année 2001.
Force est de constater que dans des milieux politiques variés (ultra/extrême gauche, droite souverainiste, extrême droite), certains affirment que Milosevic a joué un rôle positif et qu'il est le premier à s'être opposé à l'impérialisme américain et que pour cette raison il en a payé le prix cher (bombardements de l'Otan en 1999 contre la RF Yougoslavie, transfèrement au TPIY).
Oubliés les conflits armés qu'il a provoqués en Croatie et en Bosnie-Herzégovine en 1991-1992, son autoritarisme qui a conduit à l'effondrement matériel et moral de la Serbie. Oubliés les assassinats politiques dont celui en 2000 d'Ivan Stambolic, ancien président de la Serbie au cours des années 1980, ou celui de Slavko Curuvija, journaliste, en 1999. Ne mentionnons pas les tentatives d'assassinat contre Vuk Draskovic en 1999 et 2000. Oublié l'enrichissement du clan Milosevic pendant la décennie passée. Oubliée la falsification des résultats électoraux en 1996, 1997 et 2000. Milosevic ne respectait la démocratie que lorsque la volonté populaire s'exprimait dans son sens.
Milosevic n'aurait rien à voir non plus avec la Grande Serbie ! S'il n'a jamais utilisé cette notion, c'est tout simplement parce qu'elle ne faisait pas partie de son répertoire/registre idéologique. L'idée de Grande Serbie a été élaborée entre autres par les idéologues du mouvement de la Ravna Gora (mouvement tchetnik) contre lequel les partisans communistes se sont battus pendant la Seconde Guerre mondiale. S'inscrivant dans la lignée du mouvement communiste, Milosevic ne pouvait employer cette notion. Mais ayant exploité le nationalisme pour renforcer son pouvoir, il n'en a pas moins oeuvré à l'unification des Serbes sous un même toit étatique (soit l'objectif fixé par l'idéologie grand-serbe).
Force est de constater que dans des milieux politiques variés (ultra/extrême gauche, droite souverainiste, extrême droite), certains affirment que Milosevic a joué un rôle positif et qu'il est le premier à s'être opposé à l'impérialisme américain et que pour cette raison il en a payé le prix cher (bombardements de l'Otan en 1999 contre la RF Yougoslavie, transfèrement au TPIY).
Oubliés les conflits armés qu'il a provoqués en Croatie et en Bosnie-Herzégovine en 1991-1992, son autoritarisme qui a conduit à l'effondrement matériel et moral de la Serbie. Oubliés les assassinats politiques dont celui en 2000 d'Ivan Stambolic, ancien président de la Serbie au cours des années 1980, ou celui de Slavko Curuvija, journaliste, en 1999. Ne mentionnons pas les tentatives d'assassinat contre Vuk Draskovic en 1999 et 2000. Oublié l'enrichissement du clan Milosevic pendant la décennie passée. Oubliée la falsification des résultats électoraux en 1996, 1997 et 2000. Milosevic ne respectait la démocratie que lorsque la volonté populaire s'exprimait dans son sens.
Milosevic n'aurait rien à voir non plus avec la Grande Serbie ! S'il n'a jamais utilisé cette notion, c'est tout simplement parce qu'elle ne faisait pas partie de son répertoire/registre idéologique. L'idée de Grande Serbie a été élaborée entre autres par les idéologues du mouvement de la Ravna Gora (mouvement tchetnik) contre lequel les partisans communistes se sont battus pendant la Seconde Guerre mondiale. S'inscrivant dans la lignée du mouvement communiste, Milosevic ne pouvait employer cette notion. Mais ayant exploité le nationalisme pour renforcer son pouvoir, il n'en a pas moins oeuvré à l'unification des Serbes sous un même toit étatique (soit l'objectif fixé par l'idéologie grand-serbe).
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